Kédougou : Portrait de Daby Diallo, un tisserand qui exprime ses regrets

Echosdescollines.com s’est rendu à Namel dans les profondeurs de Kédougou à la découverte de métiers qui ont tendance à disparaître.

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Avec ses  65 ans révolus, Daby Diallo est un polygame accompli ayant à sa charge quatre épouses et 7 enfants. Il exerce le métier de tisserand depuis sa tendre jeunesse .Ce métier qu’il continue aujourd’hui encore de pratiquer, il l’a  hérité de son père .mais, aujourd’hui, le vieux Daby Diallo n’est pas sûr de le léguer à ses enfants.

Un métier comme héritage

«J’ai commencé à apprendre ce métier à l’âge de 18 ans. C’est un héritage de mes parents. Je n’exerce ce métier qu’en saison sèche par contre en hivernage je me consacre à l’agriculture. Je pratique ce métier justement pour compléter mes dépenses mais aussi pour perpétuer nos traditions ».

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Exercer ce métier à cette époque devient de plus en plus difficile. Les regards de la jeune génération changent.

« Je souffre de l’approvisionnement en matière premières. Même si, nous utilisons le coton que nous produisons pour faire le tissage, il faut qu’il y’ ait des gens capables de filer ce coton. Seules quelques vieilles femmes filent le coton. Si, les unes ont arrêté de filer le coton par manque de matériels, les autres n’ont même pas tenté d’apprendre ce métier puisque le marché est souvent bondé de tissus importés. Les femmes n’ont plus le temps de s’occuper de ce métier qui semble lent et difficile à exercer ».

Un métier  peu rentable

Cette activité économique traditionnelle qui souffre du manque de matériels reste entretenue par certaines personnes âgées  surtout chez les bediks.

« Ce sont les femmes bediks qui généralement me ravitaillent en coton filé, cette matière première est quasiment difficile à trouver maintenant. Si, elles apportent le coton filé, je leur tisse le yard de tissu d’une bande de largeur 10 cm à 250 FCFA. Si, c’est moi qui trouve le coton filé et tisse le tissu, chaque yard vaut 750 FCFA. Je fais deux jours pour tisser un pagne. Je passe toute une journée assis. Les retombées de cette seule activité ne me suffisent pas pour nourrir ma famille. Je fais ce travail  juste pour perpétuer la tradition » a-t-il indiqué.

Un métier qui risque de disparaitre

Ce métier risque à coup sûr de tomber dans l’oubli. Dans la famille de Daby Diallo, aucun de ses enfants n’est prêt à assurer la relève. Son fils, Boubacar Diallo ne compte pas embrasser le métier de son père et de son grand-père.

« Je n’ai ni le temps  ni la vocation d’apprendre ce métier. Je passe tout mon temps  à l école. Et j’ai d’autres ambitions qui dépassent l’apprentissage et l’exercice de ce métier à tisser. Ce métier est destiné à ceux qui n’ont pas eu la chance d’être à l’école. Mon père a hérité ce métier de mon grand-père, moi, je ne souhaiterai pas exercer le même métier qu’eux parce que ce n’est pas du tout rentable » a-t-il précisé.

Le métier du tisserand va-t-il disparaitre ? Dans le département de Kédougou, en milieu bedik, les femmes y restent  encore liées pour les besoins de leur habillement à l’occasion de leurs nombreuses fêtes traditionnelles.

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