La région de Kédougou n’est pas épargnée des effets des changements climatiques. Des efforts sont en train d’être consentis par les partenaires au développement pour permettre aux communautés réduire les impacts.

Les récentes sécheresses prolongées de 2011 ont affecté plusieurs communautés de la Gambie et du Sénégal. Les changements climatiques ont été identifiés comme étant la cause de 90 % de ces catastrophes qui ont eu des incidences sur la production alimentaire, le bétail et sur les ressources naturelles. Les femmes ont également subi les effets de ces catastrophes.

«  Les constats sont unanimes, les gens n’ont plus de contrôle sur l’hivernage. Ce n’est plus possible de déterminer ni le début ni la fin de l’hivernage. C’est une des conséquences des changements climatiques que nous vivons actuellement. L’œuvre humaine est liée à la détérioration de l’environnement. Ces changements climatiques pèsent sur la vie des communautés notamment sur celle des femmes rurales. Ils bouleversent la vie des  producteurs. On assiste à une baisse de la production et à l’aggravation des températures » a témoigné M Dialiba Tandian, manager principal de l’association KEOH.

Les données recueillies à la station météorologiques de Kédougou révèlent une baisse progressive de la pluviométrie de 2005 à nos jours.

« En 2015 nous avons enregistré 1588 mm de pluie en 89 jours, en 2016, 1209 mm de pluie pendant 82 jours, en 2017  il y a eu 1196 mm de pluie en 82 jours. Par contre en 2018, nous avons enregistré dans la région de Kédougou 1175 mm de pluie en 77 jours.  Le 26 avril 2019, Kédougou a accueilli ses premières pluies avec 4mm » a précisé M Tall chef de la station météorologique de Kédougou

Cette fluctuation de la pluviométrie en dents de scie entraine des effets collatéraux chez les producteurs qui ne savent plus à quel saint se vouer.

« Nous sommes inquiètes de ces changements climatiques. Non seulement, nous n’avons pas totalement accès à la terre mais aussi nous sommes touchées par les effets des changements climatiques. Sur le peu de terres que nous exploitons, nous parvenons à produire des céréales au gré des pluies et de la disponibilité des autres facteurs de production. En saison sèche, nos activités maraichères sont anéanties par l’asséchement des puits » a confié Mme Magoundo Balaba, productrice.

C’est dans ce cadre que l’ONG Actionaid/Sénégal a mis en œuvre  le Projet Agro-Écologie et Résilience afin d’améliorer le bien-être des populations affectées.

Ce Projet s’articulait autour de deux grands axes à savoir la Réduction des Risques de Désastre et l’Agriculture Durable et Résiliente au Climat afin de permettre aux hommes et aux femmes petits producteurs à faire face aux effets néfastes des changements climatiques.

3000 personnes ont été touchées

« Ce Projet Agro-Ecologie et Résilience s’est fixé comme objectifs de développer le leadership et améliorer les connaissances de 180 individus en Gambie et au Sénégal afin de leur permettre de participer à des analyses de la vulnérabilité d’une envergure plus grande, renforcer les capacités  des populations cibles et de leurs organisations relatives à la préparation aux situations d’urgence, développer des plans pour l’atténuation des risques et mettre en place des systèmes de résilience au sein des communautés participantes. Ce projet a touché environ 3000 personnes dans les deux pays » a indiqué Mme Aïssatou Guèye, la chargée de programmes d’Actionaid Sénégal.

Ce projet a permis de générer des instruments basés sur le savoir. Dans le souci de promouvoir le renforcement de la résilience plusieurs visites d’échanges, de journées partage d’expériences novatrices, d’informations ont été organisées.

« Il est intéressant qu’il y ait une prise de conscience collective. C’est pourquoi, nous avons développé des appuis aux communautés en les sensibilisant afin d’instaurer une prise de conscience sur les changements climatiques. Nous avons compris qu’il fallait aider les communautés. Les changements climatiques affectent la santé, l’éducation des enfants, toutes les chaines de la vie. Nous avons mis en œuvre un  plan d’actions pour faire face à ces changements climatiques en incitant à pratiquer autrement l’agriculture pour résister aux changements climatiques » a ajouté M Tandian

Grâce à KEOH et à son partenaire stratégique Actionaid Sénégal, Awa Diallo est devenue une militante farouche de l’agro écologie.

« J’ai commencé le maraichage en 2011.Grâce à KEOH, j’ai pu participer à plusieurs voyages d’échanges qui m’ont permis de voir des femmes faire le maraichage sur table .A partir de ce moment, j’ai compris qu’il fallait que je passe à l’action. L’agro-écologie est une réponse positive contre tous les problèmes de changements climatiques .Pratiquer l’agro-écologie, c’est préserver la vie sur terre. C’est le seul modèle d’agriculture durable à travers l’utilisation de techniques de compostage et des techniques de traitement des plantes à base de produits phytosanitaires. Ce modèle respecte l’environnement et préserve la santé de l’homme » a-t-elle confié.

Pour faire de cette approche une réalité, Actionaid/Sénégal a trouvé  d’autres alternatives à travers la mise en place de banques semencières et des techniques agricoles

« Pour faire face à ces problèmes de changements climatiques, nous a avons appris à utiliser des semences. L’accès aux semences de qualité nous a été facilité. Nous avons appris à travailler la terre sans la traumatiser. Les femmes et les hommes travaillent ensemble pour la production du compost, le paillage, la préparation d’insecticides naturels pour le traitement biologique, naturel des plantes » a témoigné M Sakhony Danfakha.

A cela s’ajoutent la mise en pratique d’autres techniques agricoles plus respectueuses de l’environnement notamment la technique zaï, la mise en œuvre d’ activités d’élevage de volaille et des petits ruminants, la transformation des produits agricoles entre autres.

A Kédougou, les acteurs restent convaincus qu’il est possible d’inverser la tendance. Les changements climatiques restent intimement liés aux  comportements de l’Homme.

 

« Les gens sont habitués à des méthodes de cultures expansives. L’Etat est en train d’apporter des solutions à ce phénomène. Pour faire face aux changements climatiques, il faut amener  le maximum de paysans à employer les nouvelles techniques agricoles. Il faudrait que l’Etat puisse développer des techniques d’accompagnement des producteurs. En combinant les différentes techniques, on arrivera à changer les situations. La volonté politique publique doit se matérialiser auprès de ces petits producteurs en termes d’accès à des matériels spécifiques. C’est possible de changer la donne à condition que les gens soient accompagnés » a recommandé  M Dialiba Tandian, le Manager Principal de KEOH.

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